/[Mon premier Ironman] #Episode 5 – I’m an Ironman, mais c’était pas gagné !

[Mon premier Ironman] #Episode 5 – I’m an Ironman, mais c’était pas gagné !

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 La découverte

Pour les personnes qui n’ont jamais fait d’Ironman, le premier fait marquant est la taille de l’évènement. D’autant plus que Nice est l’un des plus importants d’Europe. Avec ses 2800 participants, la ville et en particulier la promenade des Anglais se transforment en véritable terrain d’entrainement. Il y a des triathlètes dans tous les sens ! Le village des exposants est énorme, on en profite donc pour faire quelques achats (porte dossard, casquette…). On se dirige ensuite vers l’inscription pour récupérer les sacs de transition et le bracelet.

Le fameux bracelet
Le fameux bracelet

 

 La préparation

De retour à l’appart il est temps de tout préparer, chacun lit et relit sa checklist. Ne rien oublier, voilà ce qui compte. On fait les sacs, on les défait, on les refait… On colle les autocollants, prépare le vélo. 1 ou 2 chambres à air ? Va pour 1 chambre et une bombe anti-crevaison ! C’est un moment assez stressant car on se plonge déjà dans sa course pour bien visualiser les transitions et être sûr que tout est bien dans le bon sac.

La préparation des sacs de transition
La préparation des sacs de transition

Autant comme nous étions assez détendu durant nos premières heures à Nice, autant comme la préparation des sacs nous met un vrai coup de pression, même si la course est encore dans 2 jours.

On ne lésine pas sur la nutrition
On ne lésine pas sur la nutrition

 

Les difficultés du circuit vélo directement sur le cadre
Les difficultés du circuit vélo directement sur le cadre

Le lendemain c’est le jour du dépôt du vélo et des sacs de transition BIKE et RUN. Nous n’y aurons plus accès jusqu’à la course. Donc forcément, on les vérifie encore une ou deux fois… juste pour être sûr.

C’est bon tout y est, nous allons donc déposer nos vélos. Et là BIM ! Nous découvrons le parc à vélo… on m’en avait parlé mais là… c’est carrément effrayant ! Ils nous font entrer par une extrémité du parc et nous n’en voyons pas le bout, c’est immense, gigantesque. « Ha ba c’est sûr ça change du triathlon de Carnac… » – tu m’étonnes.

On trouve notre rack puis notre place. Nous sommes juste côte à côte avec mon frère et notre pote est sur le rack juste derrière, plutôt cool on verra qui sera en avance aux transitions.

Après avoir déposé nos sacs et vélos, on rejoint les triathlètes qui font la queue pour se faire marquer et récupérer la puce. La tension est déjà bien présente. Derrière nous deux étrangers font leur checklist à voix haute – une dernière fois – et là petit moment de détente quand l’un des deux se rend compte qu’il a oublié son casque de vélo… sur sa tête 😀

« toi, tu commences bien… »

L'immense parc à vélo
L’immense parc à vélo

 Le jour le plus long

4h30 le réveille sonne et après au moins 2 bonnes heures de sommeil il est temps de se lever. Tu parles on à presque pas dormi… le stress et l’excitation nous en ont empêché! Petit déj à base de gâteau sport évidemment, nous sommes tous les trois plutôt silencieux. J’ai l’impression de faire mon dernier repas avant de partir à la guerre. Le gâteau sport ne passe pas trop, tant pis, on prend nos sacs special needs et street wear et go, direction la plage pour une petite baignade à la fraîche.

Sur le chemin entre l’appartement et la plage (800m), nous rejoignons un flux constant de triathlètes. Certains sont accompagnés de leur conjoint, ou autres proches. Le silence qui reigne est choquant. Tous le monde est déjà dans sa course. Idem à l’entrée et dans le parc à vélo, les gens sont silencieux, c’est impressionnant.

On vérifie une dernière fois le matos, tout est là, les pneus sont gonflés. On enfile la combar et direction la plage…

13
Départ à 5h du mat

 

Le flux de triathlètes silencieux
Le flux de triathlètes silencieux

 

Dernière vérif'
Dernière vérif’

Heureusement le speaker est là pour briser ce silence. Le speaker de l’Ironman de Nice ou LE mec qu’il faut inviter en soirée pour mettre l’ambiance. En 30-40 min le gars à rameuté la moitié de Nice sur la promenade.

Sur la plage, mon frère à beau essayer de se convaincre « ce n’est qu’une grosse rando »… je ne peux m’empêcher de me dire « ça y est, on y est, faut pas se planter ».

Coup de canon, c’est parti pour l’Ironman!

Le speaker chauffe le public, la musique augmente en même temps que la pression. Le départ se rapproche, on se dit des phrases pour se rassurer et se motiver.

« Allez les gars, comme à l’entrainement », « le plus important c’est d’arriver au bout », « surtout on ne se blesse pas et on se fait plaisir », « ce n’est que du sport »… tout y passe mais rien n’y fait, on va le faire cet Ironman !

Boum le coup de canon et c’est parti, les 2800 têtards boostés au matlo et à l’adrénaline sautent dans l’eau. Je suis dans le paquet, en plein milieu… premier constat les mecs partent comme sur CD, ça tape, ça cogne, je me croirais un premier jour de solde chez H&M. Pas de pitié chacun fait sa place, je m’y étais préparé, je tente malgré ça de nager au mieux. Pendant 500-600m impossible d’allonger ma nage, toujours un mec sur le dos ou devant qui vient me ralentir, me pousser… Arrivé à la première bouée on se rend compte du bordel (désolé pas d’autre mot pour décrire ça), j’ai un vrai sentiment de respect et d’empathie pour les petites nanas aux bonnets roses qui tentent de survivre la dedans.

Avant le départ
Avant le départ
Après le départ
Après le départ

La première bouée passe, ça y est le peloton s’étire un peu, il est temps de nager. L’eau est assez clair pour voir les 2 / 3 personnes qui nagent aux alentours. Je me cale à côté d’un mec en combi sans manches et aux bras tatoués, un bon repère.

La sortie à l’australienne arrive assez vite finalement, cela fait du bien de sortir un peu de l’eau même si ça bouchonne grave. Pas de répi, j’entends que je suis en 34min à la sortie, pas mal, on y retourne. La deuxième boucle se passe bien, j’arrive à bien allonger ma nage, je reste à côté du même gars quasiment tout du long, on a le même rythme. Je sors de l’eau et là, surprise… de nouveau bouchon. Ils nous font remonter par un tout petit escalier et forcement ça coince. Je ne peux m’empêcher de penser « c’était bien la peine de bien nager pour perdre 2 minutes ici… ». Je passe sur le tapis, verdict 1h11, cool.

La transition, je l’ai répété environ 3000 fois dans ma tête. Maillot, chaussettes, chaussures, casques, lunettes… et c’est reparti. Nos potes nous encouragent, ça motive. Je vois que je suis sorti avant mon frère (son vélo est là), ça motive encore plus !!

« Ha oui ça grimpe quand même »

On enfourche le vélo -mention spéciale à tous les mecs qui grimpent sur leur vélo en s’arrêtant juste devant la ligne et du coup tous les autres derrières bouchonnes… encore… (ok j’arrête :p)-.

départ velo nice
C’est parti pour 180 km

Le constat est rapide, la côte de la Condamine vient rapidement donner un avant goût de ce qui nous attend. 10% sur 500m, j’ai l’impression que je vais partir en arrière. Mon frère me reprend, on grimpe une partie du faux plat de 20km ensemble, c’est cool. On se débrief la nat et se souhaite bonne chance et il me dépasse.

Et puis les difficultés arrivent… Durant l’ascencion du Col de L’Ecre je sens que mon organisme part en sucette, je n’arrive plus à manger et j’ai une barre qui me coupe le ventre en deux. Là dans ma tête tout s’écroule, je connais cette douleur, je sais ce qui se passe. C’était trop facile… me voilà obligé de m’arreter une première fois après le col, puis une seconde fois 20km plus tard. La galère! Pas aujourd’hui!

Toutes mes préparations de la veille ne servent à rien. Je n’arrive pas à manger mes sandwichs du special needs et mes bidons à base de matlo, sucre etc. ne passent pas non plus… Bref tous mes plans volent en éclat. Là je commence même à songer à abandonner, vu mon état au km 90-100, je ne vois pas comment je peux terminer. Je décide tout de même de continuer puis je me résigne « c’est pas grave, je vais finir doucement, même si je fais 15h j’irais au bout ».  Après quelques tests je me rends compte que les pâtes de fruits, l’eau et le coca passent en y allant doucement. Je peux donc toujours ingérer des calories, ça peut le faire ! Allez on s’accroche.

Forcement la pluie vient s’en mêler. En tant que Breton ça ne me fait pas trop peur :D, mais c’est vrai que rapidement il fait très froid dans les descentes. En plus c’est carrément dangereux. Il y aurait eu 145 interventions des secours sur la partie vélo. Je vois des mecs affalés le long de la route partout, c’est une hécatombe. « Ne pas tomber, ne pas tomber, ne pas tomber », c’est ce que je garde à l’esprit et qui me fait oublier mes problèmes digestifs un temps.

J’arrive au bout du vélo, 6h45 avec mes deux « pauses », on sauve les meubles.

là ça grimpe
Là ça grimpe!

Un petit marathon et on rentre à la maison

Je pose le vélo, je ne suis pas bien. Je sais que ce qui m’attend va être dur car je manque déjà d’énergie. Heureusement je croise mes potes supporter à la transition. Il me rebooste un peu. Aller ça va le faire. Le début de la course à pied se passe bien; bizarrement j’arrive même à manger un peu. Je me cale sur un bon rythme et tente de profiter de cet élan pour enquiller le plus km possible tant que ça tient. Et jusqu’au 20ème ça tient plutôt bien. Et là rebelote, le coup de massue. Obligé de m’arrêter à nouveau. Là c’est carrément l’horreur, dès que je mange je vomi, plus rien ne passe. Même un verre d’eau ça devient compliqué. il doit me rester 15km, là je suis mal. Je vois mon pote et mon frère qui en termine successivement. Ils sont bien, je suis content pour eux. Là je pense sérieusement à abandonner, je ne vois pas comment je peux aller au bout dans cet état, c’est pas possible. Je m’arrête à un ravito, les bénévoles voient la détresse sur mon visage et m’encouragent.

cap
Durant le marathon

 

Marcher je peux, ça passe. Je repars donc en marchant.  Je fais un calcul rapide. Si je termine en marchant j’arriverais dans les 15h. Allez pas grave, le principale c’est la ligne d’arrivée. Et là, la magie de l’Ironman prend forme : les très nombreux supporter (dont mes potes, merci à eux) arrive à percevoir dans quelle galère je suis, et leurs encouragements m’aident à mettre un pied devant l’autre. Je le fais pour eux, pour tous ceux qui ont cru en moi pendant ma préparation, pour moi. Je n’ai pas le droit de m’arrêter, pas après ces 6 mois d’entrainement, pas si prêt du but.

Les 5 derniers km sont un enfer, dès que je tente de courir je sens que j’ai la tête qui tourne et je suis prêt à vomir. Mais malgré tout je suis content d’être là (un peu sadique je sais), je suis venu pour en chier et bien je ne suis pas déçu! La ligne d’arrivée se rapproche, je suis à bout, j’ai les larmes aux yeux car je suis vraiment déçu mais vraiment content d’y être arrivé vu mon état.

J’arrive dans le finish, j’ai mes trois foutus chouchous au bras, et là c’est cool! Je vois mon frangins et mes potes qui sont là pour m’accueillir…. ha terrible, j’ai réussi! Là je suis content! Après 13h15 de course, je franchi la ligne.

finish
Enfin !

Et puis après ça c’est le trou noir, enfin presque. Je vais m’asseoir près de mon vélo, mon seul point de repère puis j’attends. Je suis vidé, je ne pense à rien. Ce qui me parait 10min en est en fait 45. Je suis rejoins par le reste de la troupe et commence à reprendre mes esprits à base de coca, tout doucement.

C’était quand même bien

Malgré toutes ces difficultés imprévues, je suis vraiment content ce cette course. Ce que je retiendrais est surtout l’esprit qui règne pendant ces trois jours. Les gens se soutiennent, s’encouragent, s’entraident. Tout est fait pour te donner l’impression d’être un héro, c’est top!

C’est aussi ça un Ironman! J’ai déjà hâte de remettre ça, dans de meilleure conditions espérons.

Félicitions à tous les finishers, aux bénévoles et aux supporter et en particulier à mes deux compères.

médaille